3 LIVRES SUR LE JAPON #1

3 LIVRES SUR LE JAPON #1

Pour inaugurer cette rubrique lecture, voici une première sélection avec 3 livres variés. On passera du manga-témoignage sur Fukushima, à un livre au contenu  journalistique sur un phénomène social – les disparitions volontaires au Japon – pour terminer de façon plus poétique avec un ouvrage sur l’esthétique japonaise.

1 – « Au coeur de Fukushima : Journal d’un travailleur de la centrale nucléaire 1F »

Ce manga que l’on m’a recommandé et prêté (merci Eugénie M), est très intéressant, tout d’abord du fait du sujet qu’il aborde à savoir la catastrophe nucléaire de Fukushima du 11 mars 2011 et surtout de part la façon dont laquelle l’auteur le traite.

En effet, Kazuto Tatsuta (il s’agit d’un pseudonyme) s’est immergé pendant plusieurs mois en tant que travailleur au sein de la centrale nucléaire de Fukushima.

L’auteur livre un récit descriptif, son témoignage, mais pas d’opinion directement émise, pas de prise de position forte, mais décrit simplement ce qu’il voit, ce qu’il constate, les faits, les images des lieux, la routine du travail, qui suffisent à livrer un témoignage riche de sens.

Le livre retrace son arrivée à la centrale, sa formation rapide, sa rencontre avec ses collègues, le quotidien de la vie de travailleurs : la routine particulièrement méticuleuse de l’équipement et du contrôle des travailleurs, les tâches, les pauses, le lieu, les salaires, mais aussi l’opacité et la façon dont les sociétés qui assurent la gestion de l’embauche des travailleurs.

Les journées sont rythmées par les contrôles des doses de radiations absorbées, qui parfois nécessitent d’arrêter le travail au bout d’une heure.

Je trouve le graphisme particulièrement beau, le livre se lit d’une traite, on est vite prit dans le rythme de cette lecture, de cette vie de travailleur complètement à part.

Ce livre, basé sur un sujet plus que dramatique, est aussi ponctué de touches d’humour, de l’auteur ou des travailleurs : blagues, déconnades, râleries…

Ce qui m’a aussi marqué, c’est la fierté ressentie parfois par les hommes de travailler là-bas, de contribuer à cet « après », de faire, ce qui doit être fait, par nécessité de travailler (souvent il s’agit de personnes habitant dans les zones qui ont été sinistrées), mais souvent aussi en trouvant un certain sens à ces tâches plus qu’ingrates…

Les images, les mots, la « routine de travail », tout cela est au fond très évocateur. Ce livre constitue un ouvrage à lire parmi la documentation existante sur ce sujet, qui la complète et l’enrichie à sa façon.

Je vais bientôt passer au Tome 2, en tout cas je vous recommande à 100% cette lecture !

Informations : Kazuto Tatsuta « Au coeur de Fukushima – Journal d’un travailleur de la centrale nucléaire F1 », Kana – 9,90 € (3 tomes).

2 – « Les évaporés du Japon : Enquête sur le phénomène des disparitions volontaires »

Les auteurs de ce livre, journaliste et photographe, sont allés au Japon à la recherche d’informations, de données et de témoignages sur un sujet à la fois tabou et à l’ampleur importante : les disparitions volontaires.

En effet, d’après les chiffres donnés par le livre, environs 100 000 personnes disparaissent tous les ans au Japon.

Sans laisser la moindre trace.

Ces personnes disparaissent, changent de vie, s’évaporent, se volatilisent… On les appelle « Les évaporés« .

Pourquoi ? Comment ? Qui ?

Ce livre donne quelques pistes et informations, je l’ai trouvé très intéressant et compte tenu du sujet, on imagine le mal que les auteurs ont pu avoir pour obtenir des renseignements.

Je ne vais pas trop dévoiler le contenu, mais ce qui m’a frappé c’est déjà les raisons de ces évaporations, qui sont la plupart du temps liés aux contextes économiques difficiles, notamment les crises, qui ont déclenchées des vagues d’évaporations, car beaucoup de japonais ne pouvaient rembourser leurs dettes, souvent contractées auprès de sociétés assez obscures, et préféraient fuir.

Le déshonneur par rapport aux autres : le livre explique que si ces personnes s’évaporent, c’est surtout pour éviter un déshonneur à leurs proches

Le livre creuse finalement  beaucoup la question du Comment ? On découvre alors l’existence de sociétés de « déménageurs de nuit », pourquoi est-ce plus simple au Japon de disparaître ? où vont ces personnes ? Je vous laisse le suspens mais c’est très intéressant…

Toutefois, j’ai eu à la fin du livre un peu de mal à le terminer, j’étais intéressée par le sujet, très touchée par les témoignages, mais parfois j’ai été un peu gênée par la façon dont les auteurs traitent le sujet, je pense que j’aurais aimer lire un récit, une vision livrée par un auteur japonais ou qui a une grande connaissance / passion pour le Japon, et qui aurait permit d’avoir un regard différent sur ce phénomène, qui aurait certainement eu une toute autre dimension.

J’ai trouvé les photos très intéressantes par rapport au parti pris, elles dégagent une grande froideur dans la prise de vue : des paysages, surtout nocturnes et urbains, et font apparaitre un fort sentiment de vide, de détachement frappant dans l’expression des personnages pour les portraits.

Un livre intéressant et qui aborde un sujet douloureux et révélateur du coté « sombre » du Japon.

Informations : Léna MAUGER & Stéphane REMAEL – « Les évaporés du Japon » LES ARÈNES, 20,90 €.

3 – Éloge de l’ombre

On termine en beauté avec un très très beau livre qui traite de l’esthétique japonaise.

Ce livre a été publié en 1933 au Japon. L’auteur nous éclaire à travers des exemples du quotidien, sur la conception japonaise du beau, en soulignant ses oppositions et ses contrastes avec la conception occidentale.

Papier, vaisselle, habitation, théâtre Nô…l’auteur évoque les objets et sujets de son quotidien en en révélant la beauté, qui prend place dans un univers d’obscurité et de mystère.

Après l’avoir lu, l’on regarde différemment les choses…

La plume de Tanizaki est vraiment belle et la notion de simplicité, de pureté, se retrouve jusque dans sa façon de retranscrire sa vision aux lecteurs.

Un ouvrage très beau !

Informations : Junichirô Tanizaki – « Éloge de l’ombre » Editions VERDIER, 16 €.

Bonnes lectures !

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